La famille Alard, des vignerons depuis 1848 épisode 1

Mar 22, 2021 | Histoire

L’histoire débute en 1848

— 01 Jean Alard

Fils d’un homme d’affaires bordelais, Jean hérita d’une propriété, jusqu’ici délaissée par sa famille, au cœur du Périgord Pourpre, le deuxième vignoble d’Aquitaine. En 1848, se rendant sur les lieux, il découvrit la vallée de la Dordogne, sa grande richesse paysagère, son patrimoine historique et architectural, sa capitale, Bergerac, ses bastides, ses villages pittoresques… et sa nouvelle demeure, nichée sur le coteau nord, dans le vignoble de Monbazillac.

Château Theulet en 1945

— Les débuts du vignoble

Féru de vins et désireux de diverger de la trajectoire familiale qui lui avait été destinée, il se détourna de ses affaires principales afin de se concentrer sur la viticulture et l’essor du Château Theulet. Tirant profit de ses qualités d’entrepreneur et de son goût prononcé pour l’élaboration du vin, il débuta une politique de grands travaux afin de transformer cette ancienne fabrique de tuiles en domaine viticole. Il fît construire de nouveaux bâtiments afin de s’adapter à  la production du vin : de vastes chais constitués d’épais murs de pierre, une étable pour les bœufs nécessaires au travail de la terre, ainsi que des logements alloués aux ouvriers (qui logeaient sur place à l’époque). Ouvert d’esprit et amateur d’anecdotes sur l’ascension et la prospérité des vignerons bordelais, il fît envoyer de multiples invitations en France et par-delà ses frontières. C’est ainsi qu’il organisa de grandes festivités estivales et fît déguster ses vins.

Un beau jour, il vit arriver un convoi d’invités, introduits par un de ses amis hollandais. L’expansion du commerce avec la Hollande était initiée…

— la marque hollandaise

« Marque Hollandaise » : nom donné aux vins de Monbazillac vendus aux Pays Bas et commercialisés sous le nom de leur producteur ou du lieu d’origine. Ce vin était dénommé, dans ce pays, « Vins de muscat », « Grand vin de Bergerac » ou « Madère du Périgord ». Jean avait bien compris la ferveur dont jouissaient, en Hollande, les vins de Bergerac, ainsi que l’intérêt et la noblesse accordée aux vins de Monbazillac. Il estampilla au fer rouge son sceau personnel sur le fond de ses barriques (gage d’authentification) et il contribua (sans le savoir) à la renommée de l’appellation d’origine contrôlée « Monbazillac ».

Dans son édition de 1903, « Bergerac et ses vins », Edouard Féret cite 32 marques hollandaises dont « Sorbier Secrétaire 2 fois » (marque détenue par la famille Alard)…

Château Theulet en 1945

— L’expansion du commerce avec la Hollande

32 domaines avaient le droit de vendre leurs vins avec l’estampillage des « marques hollandaises ». Les barriques de vin étaient acheminées vers Bordeaux sur des gabarres, ces embarcations à fond plat qui descendaient la rivière Dordogne. Le vin était ensuite transporté vers la Hollande par des navires de commerce. Lorsque ces derniers pénétraient dans le port de Rotterdam, on annonçait leur arrivée à son de trompe.

Pour faciliter le transport entre le vignoble et le port de Bergerac, Jean fît des travaux d’aménagement autour des bâtiments, afin de faciliter les mouvements des charrues. Il créa également de nouveaux crus et élargit à la Hollande le commerce de ses vins rouges.

Edouard Féret relate qu’à cette époque le Domaine de Theulet exportait 400 tonneaux de vin rouge pour 10 de vin blanc.

— 1880 le phylloxéra

Cependant cette prospérité fût de courte durée… Vers 1880, le phylloxéra, un parasite importé par mégarde des Etats-Unis, s’attaqua aux racines des vignes et dévasta tout le territoire viticole français. Le remède consistant à noyer le parasite ne put être utilisé sur les coteaux pentus du Monbazillac. L’intégralité des vignes du Château Theulet dut être arrachée, puis replantée en greffant leurs cépages sur des plants américains résistants au phylloxéra. Cette technique ne fût utilisée que par le vignoble bergeracois en Dordogne. Le reste du département se convertit dans d’autres cultures.

— 02 Alfred Alard

Alfred Alard est né en 1865. Durant toute son enfance, son père Jean, lui a inculqué sa passion pour ce vignoble, cette terre argilo-calcaire si particulière du fait de sa situation en coteau et son exposition nord, favorable à la surmaturation des raisins (développement de la « pourriture noble »). Sa minutie dans le travail de la vigne et des vins n’avait d’égal que sa subtilité gustative pour assembler les différents lots de barriques et foudres. En définitive, l’engouement familial ainsi initié visait à puiser le meilleur du terroir.

Château Theulet en 1945

— La reprise de la production

Désireux de s’impliquer dans l’expansion du Château Theulet, Alfred voyagea beaucoup, rencontra, échangea, observa, dégusta et revint au domaine cher à son cœur avec pour objectif de s’impliquer dans son expansion. Son mariage avec Lydie Poels, de nationalité hollandaise, coïncide avec le succès du commerce de son Monbazillac avec la Hollande.

Cependant le phylloxéra avait coûté cher. Parallèlement, dynamisés par les progrès techniques, les rendements de ces nouvelles vignes étaient bien supérieurs à ceux d’avant cette maladie et poussèrent Alfred (ainsi que les autres grandes propriétés) à produire plus.

Rendements moyens dans le Sud-ouest : Avant 1850 – 15 à 17hl/ha, à partir de 1900 – 40 hl/ha

— 1900 la crise de la surproduction

Partout dans la région du sud-ouest, la production augmenta trop vite. Dans ce contexte, les vignerons bordelais organisèrent une pétition, récoltant 10500 signatures, afin de délimiter le territoire de l’appellation Bordeaux au seul département de la Gironde. Les vins de Bergerac, longtemps vendus sous le nom générique Bordeaux, rentrèrent en conflit et menèrent des négociations pour conserver cette appellation. Malgré la ténacité d’Alfred et des autres propriétaires bergeracois, les vins de Bergerac durent se créer une image du jour au lendemain dans un contexte difficile. 

Le négoce de Libourne, traditionnel vendeur, écoula en priorité les cuvées labellisées « Bordeaux », puis tenta ensuite de trouver d’autres marchés pour le reste de leur gamme de vins.

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